TERRE DES BRAVES, PATRIES DES FLINGUES, DOMICILE DES ESCROCS.
Prisonnier du ghetto. Prisonner de son propre ghetto mental. Le jeune mec croyait que c'était cool de voler des voitures, d'agresser des gens. Ca faisait enfler sa réputation dans la rue. On disait de lui qu'il était dingue, et qu'il valait mieux pas le tester. Il avait eu de la chance de s'en sortir, sur ce coup-là, mais le système allait finir par le broyer. Le jeune mec vomissait le système juste parce que celui-ci ne lui permettait pas d'offrir un coupé Mercedes, un ensemble Home Cinéma Haute Définition. Aucune conscience sociale, aucun repère, il jouait les durs mais, le jour où il tomberait pour de bon, il pleurait comme une fillette lors de sa première nuit dans une cellule froide et hostile. Dans son quartier, il en avait vu passer des dizaines. Ils avaient troqué leur numéro de portable contre un numéro d'écrou.
UN BRUIT NE COURT PAS, DANS LA RUE.; IL SPRINT.
Brut de décoffrage,avec en arrière-plan une radiographie blafarde de la France des quartiers minés par l'échec et la haine de soi.
HISTOIRES ACCIDENTÉES / ACCIDENTELLES.
Il s'était pris au jeu. Argent facil, risques facils, amours faciles.
Il avait le rap dans les veines. C'était du son qui coulait dans ses artères. Il avait toujours été hypnotisé par le beat, le tempo, la percussion, la magie du verbe...
Des rimes au vitriol, qui claquent comme l'explosion d'un fusil à pompe, des histoires de quartiers, des métaphores confinées comme une cellule de garde à vue.
Il avait gagné le respect dans la rue au court de multiples batailles à mains nues, au couteau, parfois même à l'artillerie lourde.
Il connaissait la rue, il y avait passé une bonne partie de sa jeunesse. Il en connaissait les codes. Mais il n'avait pas envi de se prosterner devant elle. C'est pour ça qu'il aimait le rap : la rue, il la rendait complexe, hermétique, ésotérique. Une hypnotique, et le bitume livrait ses secrets les plus obscurs. Il vivait entre rimes, crimes et petits deals entre amis; il ne croyait pas aux arrangements avec les morts.
POUR LUI, LA VENTE DE DROGUE N'ÉTAIT PAS UNE FIN EN SOI, JUSTE UN MOYEN.
Il fumait son spliff, pas encore tout à fait rétamé...